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Le blog de Soltanova
S’installer dans un autre pays et se perdre soi-même :
comment ne pas se briser et recommencer
S’installer dans un autre pays et se perdre soi-même : comment ne pas se briser et recommencer
Les premiers jours après mon arrivée ont été marqués par l’euphorie.
Les retrouvailles tant attendues après des années de séparation, la famille enfin réunie,
cette sensation d’être « à la maison ». Les premières semaines ressemblaient presque à un rêve. Mais très vite, la réalité a repris ses droits.
Quand l’euphorie disparaît et que la peur s’installe
Lorsque nous avons décidé de rester en France plus longtemps, il a fallu entrer dans le
concret : obtenir une assurance, constituer un dossier pour le titre de séjour, gérer toute la paperasse administrative.

C’est à ce moment-là que je me suis sentie, pour la première fois, totalement démunie. Je ne comprenais pas la langue.

Mon anglais était insuffisant, et à l’époque, dans ma région d’origine, l’apprentissage des langues étrangères n’était pas une priorité. Peu de personnes voyageaient, encore moins en Europe. Pour les femmes originaires du Caucase, partir à l’étranger semblait presque impensable.

Je n’avais jamais étudié les langues sérieusement. Seulement quelques bases scolaires… et rien de plus. Et me voilà dans un pays où je ne pouvais ni expliquer ma situation, ni poser des questions, ni me défendre.
« Je ne parle pas français » : une phrase devenue un refuge
Partout — dans les administrations, chez les médecins, dans les magasins — je me sentais ridicule.Incapable de formuler la moindre phrase.

La toute première phrase que j’ai apprise en français a été : « Désolée, je ne parle pas français. » Cette phrase est devenue mon refuge.

Dès que quelqu’un m’adressait la parole, je m’y cachais. Aller simplement faire les courses était une épreuve.

Je pouvais dire bonjour, au revoir… et rien d’autre. Et c’est là que se trouvait la plus grande douleur.
Perdre sa voix : la blessure la plus profonde de l’émigration
J’ai toujours été une personne active, communicative, ouverte aux autres. À l’école, à l’université, dans la vie — j’avais une voix.

Et soudain, je suis devenue silencieuse. Ne pas pouvoir parler. Ne pas pouvoir s’exprimer. Se sentir comme muette au milieu des autres.

C’est cela qui a été le plus difficile à supporter. C’est à ce moment-là que la dépression s’est installée.
Grossesse, solitude et dépendance
Peu de temps après, je suis tombée enceinte de mon premier enfant. Les rendez-vous médicaux, les démarches, les inquiétudes — et partout le même sentiment : celui d’être « personne ».

Je dépendais constamment des autres : des traducteurs, de ma famille, de mon entourage. Même les gestes les plus simples nécessitaient de l’aide.

Nous avions notre propre logement, mais à cause de mon état, nous retournions très souvent chez mes parents.Dans ma ville, il y avait une vingtaine de familles russophones que je connaissais, et toute ma vie sociale se limitait à ce cercle.
La prise de conscience la plus douloureuse
Un jour, j’ai réalisé quelque chose de terrible : plusieurs années avaient passé, et je ne parlais toujours pas français.

Je continuais à m’appuyer sur des traducteurs. Je n’essayais même plus de comprendre ce qui se disait autour de moi.

Et cette prise de conscience a été la plus douloureuse de toutes. Je me suis rendu compte que, dans mes états dépressifs, j’avais oublié l’essentiel : j’étais une jeune femme. J’étais capable d’apprendre. J’étais capable de m’en sortir seule.
Le moment où l’on comprend que l’on se perd soi-même
C’est à ce moment précis que j’ai senti que je me perdais. Je perdais ma détermination.
Je perdais ma capacité à rêver. Je perdais confiance en moi.

Et cet état a duré de longues années. L’émigration ne m’a pas brisée d’un seul coup. Elle l’a fait lentement — à travers le silence, la peur, la dépendance et le vide intérieur.

Mais c’est aussi cette expérience qui est devenue, plus tard, le point de départ de mon
retour à moi-même.

À travers une profession. À travers l’apprentissage. À travers la reconquête de ma voix intérieure. (La suite de ce chemin est racontée dans mon histoire sur le changement de métier après 30 ans.)